Plus ça change, plus c'est pareil ....

Ma chronique d’aujourd’hui portera sur l’état du secteur de l’automobile chez nos voisins du sud. Situation qui ressemble étrangement à celle que nous avons vécue en 2008, pour ceux qui s’en rappellent. Je me suis inspiré d’un excellent papier de Richard Dupaul, l’automobile américaine sur une route cahoteuse, paru dans La Presse du 14 août dernier qui brosse un bien sombre tableau de cet important moteur économique pour les Américains et, par ricochet, un important contributeur de notre propre économie.



Par : Sylvain B. Tremblay, ADM. A., PL. FIN. Vice-président, Gestion privée OPTIMUM GESTION DE PLACEMENTS INC.

« Les manufacturiers domestiques conservent la part du lion sur leur marché et la tendance semble se maintenir au fil du temps. »

L'article mentionne que les ventes nettes totales annuelles sont passées d'un sommet de 18 millions d'unités à 16,7 millions au dernier sondage.Petite nuance, 16,7 millions d'unités, ce sont déjà plus que la moyenne des ventes annuelles enregistrées avant 2008. Rien de bien alarmant. En passant, la pire année enregistrée depuis le début des années ‘90 dans ce secteur est de neuf millions d'unités en 2008-09, et la meilleure est de 21,7 millions d'unités en 2001. Avant d'approfondir ma recherche, j'avais l'impression qu'il se vendait autant de voitures importées aux É.-U. que de voitures domestiques. Grande fut ma surprise lorsque j'ai appris que des 16,7 millions d'unités vendues au cours des 12 derniers mois, 12,9 millions étaient des voitures domestiques. Les manufacturiers domestiques conservent la part du lion sur leur marché et la tendance semble se maintenir au fil du temps.

Autre élément qui me rassure lorsque je pousse ma recherche un peu plus loin, c'est la détérioration du parc automobile aux É.-U. Depuis 20 ans, l'âge moyen des véhicules légers a augmenté de 3 ans, passant de 8,5 ans en 1996 à 11,6 ans en 2016! Il faudra bien rajeunir cette donnée un jour. Anecdote : ma fille qui vit à Los Angeles conduit une VW cabrio 1995 qui affiche plus de 250 000 miles au compteur. Carrosserie impec, mécanique A1. Sa voiture est presque plus vieille qu'elle, à un point tel qu'elle la vouvoie. Bloomberg Intelligence propose un regard sur les inventaires en comparant les ventes de voitures neuves et les mises au rancart (scrapyard). Depuis 2011, les concessionnaires livrent beaucoup plus d'unités que les recycleurs en retirent du marché. On parle d'un rapport du simple au double en 2016, pour 20 voitures neuves vendues on n'en retire que 10. On ne pourra hélas pas étirer cette tendance bien longtemps encore, la durée de vie utile d'une voiture étant quand même limitée dans le temps.

Nous avons donc d'un côté les fabricants qui ont les capacités amplement suffisantes pour répondre à la demande, un marché actuel qui consomme à un rythme constant qui se maintient autour des 16,5 millions d'unités, un marché de l'usager en forte croissance (voir les chiffres de Carmax KMX sur le NYSE) et un marché potentiel latent. Seule ombre au tableau, la capacité de payer des consommateurs.

C'est à partir des dernières données colligées sur l'endettement « automobile » qu'on frissonne et qu'on peut même en venir à envisager un scénario apocalyptique si la tendance à la hausse des taux d'intérêt, entreprise depuis un an se confirme au cours des prochains mois. Parce qu'encore faut-il comprendre que le marché de l'automobile aux É.-U. n'est en partie florissant qu'à cause des faibles taux de financement.

Tel que cité dans La Presse, les prêts autos connaissent une croissance annualisée de 7,5 % depuis 2010, croissance supérieure à celle du revenu disponible des ménages (3,8 %). L'américain moyen emprunte 31 000 $ pour des paiements mensuels de 517 $. Comble de mal- heur, les prêts accusant un retard de paiement de plus de 30 jours atteignent un sommet depuis 2008 et ce n'est pas tout. La durée des prêts autos s'allonge et dépasse les cinq ans

.

Mais restons calmes. La situation actuelle, bien que rappelant celle des « subprimes » de 2008, est encore bien loin de ce que nous avons alors vécu. Bien que le marché de l'automobile aux É.-U. soit important (1 100 milliards) il est sept fois plus petit que le marché immobilier d'où provient la crise de 2008. Quant aux créances toxiques, 50 milliards pour l'automobile par rapport à 450 milliards pour l'immobilier.

Les autorités américaines devront donc rester vigilantes et peut-être en venir à resserrer les conditions de crédit dans ce secteur.

« Nous avons donc d'un côté les fabri- cants qui ont les capacités ample- ment suffisantes pour répondre à la demande, un mar- ché actuel qui consomme à un rythme constant qui se maintient autour des 16,5 millions d'unités, un marché de l'usager en forte croissance et un marché potentiel latent. »


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