Mettre le patient au coeur des décisions, c'est collaborer

 

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Par Mme Diane Lamarre, pharmacienne, M. Sc., Présidente

La collaboration interprofessionnelle n'est pas nouvelle et ses apports sont reconnus. Les exemples sont légion, des études le confirment et le prix Hippocrate, décerné depuis deux ans à des binômes médecin-pharmacien inspirants, témoigne bien du fait que, lorsqu'elle existe, elle fait des merveilles. Pourtant, elle reste un enjeu pour bon nombre de professionnels de la santé et le sera d'autant plus à l'heure des nouvelles activités.

En 1996, l'Association des pharmaciens du Canada et l'Association médicale canadienne publiaient une déclaration commune, intitulée Approaches to Enhancing the Quality of Drug Therapy[1], et dont l'objectif était de « promouvoir une pharmacothérapie optimale en améliorant la communication et la collaboration entre patients, médecins et pharmaciens ». On ne peut plus d'actualité, cette déclaration soulignait le fait que « médecins et pharmaciens ont des responsabilités complémentaires et communes dans la prestation optimale de soins pharmacothérapeutiques. Pour atteindre cet objectif et veiller à ce que les patients reçoivent des informations cohérentes, patients, pharmaciens et médecins doivent savoir collaborer. Cela nécessite une communication efficace, le respect, la confiance et la reconnaissance mutuelle. »

Plus que jamais, le 3 septembre 2013, la mise en vigueur des règlements, pris en application de la Loi 41 et de la Loi médicale, permettra une nouvelle collaboration entre médecin et pharmacien, basée sur des échanges plus cliniques et moins administratifs. Pour en arriver là, les deux ordres professionnels ont donné l'exemple.

LES ORDRES DONNENT LE TON

Les besoins de la population sont grandissants et les pharmaciens, de par leurs compétences et habilités, pourraient offrir une meilleure contribution aux soins de la population.

C'est suite à ce constat que des pharmaciens du Québec ont entamé des démarches auprès de différents intervenants du milieu de la santé, dont le ministère de la Santé et des Services sociaux et le Collège des médecins du Québec (CMQ). Au programme : présenter les services que les pharmaciens étaient en mesure d'offrir à la population. L'ouverture du président-directeur général du CMQ, Dr Charles Bernard, du Dr Yves Robert, secrétaire et du Dr Jean-Bernard Trudeau, secrétaire adjoint, ont jeté les bases d'une collaboration exemplaire et fructueuse débouchant sur une évolution historique pour la profession de pharmacien et une avancée majeure pour la population. La revue Le Collège, du CMQ, relatait également le fait que « tout au long du processus, les membres du groupe de travail OPQ-CMQ ont su mettre les besoins du patient au premier plan, tout en reconnaissant les compétences et les habilités du pharmacien, ainsi que son rôle en première ligne, de même que les activités réservées exclusivement aux médecins, soit le diagnostic et le traitement médical[2]. »

Cette collaboration interordres a permis la modification de la Loi sur la pharmacie et l'ajout de sept nouvelles activités pour les pharmaciens. Elle s'est poursuivie par un intense travail de rédaction des projets de règlements, incluant la rédaction d'un règlement d'autorisation d'activités médicales, la création d'un guide d'exercice destiné à orienter les pharmaciens et les médecins et à préciser les modalités entourant les nouvelles activités qui sont entrées en vigueur le 3 septembre.

À cela un comité de vigie OPQ-CMQ est en place pour intervenir rapidement afin de résoudre les défis émergents, prévenir les malentendus d'interprétation et ainsi corriger le tir dans le respect des codes de déontologie respectifs.

MIEUX COMMUNIQUER POUR MIEUX COLLABORER

Pour les professionnels, l'une des clés du succès de la mise en ?uvre de ces nouvelles activités? La communication.

Bien communiquer c'est écouter, s'exprimer, s'assurer que l'on a compris son interlocuteur et que celui-ci nous a compris. C'est aussi communiquer dans le respect, afin d'éviter de créer des polarisations inutiles qui compromettent la sécurité des soins des patients. Cela implique de se parler de vive voix et peut-être même, selon les circonstances, de se rencontrer. Pour bon nombre de professionnels de la santé extrêmement occupés, cela peut parfois s'avérer difficile.

En attendant le déploiement généralisé du Dossier Santé Québec, il faudra compenser l'absence d'un outil de transmission d'information commun par des moyens traditionnels de transmission papier. Pour favoriser ces échanges entre les pharmaciens et les médecins, l'OPQ et le CMQ travaillent de concert pour développer deux formulaires standardisés (formulaire de communication et formulaire de référence) qui simplifieront le travail des deux groupes de professionnels et qui permettront une meilleure circulation de l'information. Si tous les professionnels ont accès à la même information, le traitement pharmacologique des patients sera plus efficace et les risques d'erreurs, diminués en conséquence.

Lors des Conférences de l'Ordre 2013, Dr Jean-Bernard Trudeau invitait les pharmaciens à surprendre les médecins par la qualité de leurs communications. « Il faut que vos connaissances et vos compétences transpirent dans les mots que vous utilisez pour qu'ils voient votre raisonnement. Cela ajoutera à votre crédibilité », lançait-il aux pharmaciens.

Et s'il en est qui doivent être encore plus agréablement surpris par la mise en place de telles mesures, ce sont bien les patients. Voir des professionnels de la santé travailler de concert pour leur offrir le meilleur de chacune des expertises, voilà l'essence même de cette avancée. Une étude menée en 2010 par l'Équipe de recherche en soins de première ligne du Centre de santé et de services sociaux de Laval et de l'Université de Montréal, en collaboration avec des chercheurs du Centre universitaire de santé McGill, démontre d'ailleurs que lorsque les pharmaciens sont plus impliqués, que la communication entre professionnels et avec les patients est au rendez-vous, la qualité des services offerts aux patients s'en trouve automatiquement rehaussée. Les patients faisant l'objet de l'étude ont confirmé avoir reçu plus de conseils sur leurs habitudes de vie, et leur médication a été ajustée plus fréquemment selon leurs besoins spécifiques[3].

Les nouvelles activités ne doivent pas être perçues comme une perte pour les uns ou un fardeau pour les autres, mais bien pour ce qu'elles sont réellement : une opportunité de collaborer pour donner le meilleur de chacun aux patients.

MIEUX COLLABORER POUR MIEUX SOIGNER

La réalité du système de santé québécois et les besoins des patients rendent cette collaboration inévitable et surtout essentielle. Comme le mentionnait le Collège des médecins, « l'interdisciplinarité centrée sur le patient n'est plus un choix, mais une obligation pour quiconque prétend à l'amélioration de la qualité et de la sécurité des soins offerts à la population québécoise[4] ». Devant la complexité des thérapies médicamenteuses, de leurs bénéfices mais aussi de leurs risques, l'interdisciplinarité, c'est une façon de rehausser la qualité et la sécurité des soins.

Mais, comme pour tout changement ? d'autant plus que celui-ci est d'importance ? il y aura, de part et d'autre, des défis à relever et de la résistance au changement. Ceci est tout à fait normal et fait partie du processus. Les nouvelles activités nécessiteront un temps d'adaptation, d'autant plus qu'il faudra revoir des pratiques collaboratives et en créer de nouvelles.

Il en a sûrement été de même en Australie, au Royaume-Uni, aux États-Unis et dans les autres provinces canadiennes à la veille de l'entrée en vigueur des nouvelles activités accordées aux pharmaciens. Et, selon toute vraisemblance, rien ne pourra stopper le train en marche. La collaboration est à l'ordre du jour parce que les patients en bénéficient.

Une bonne collaboration suppose également que chacun agisse à l'intérieur de son champ d'expertise dans le respect des balises posées. Il a toujours été clair que les pharmaciens ont été et continueront d'être respectueux du fait qu'ils ne sont pas formés pour poser des diagnostics, une activité réservée aux médecins. Les pharmaciens sont, depuis toujours, formés pour reconnaître les manifestations des effets indésirables, des interactions et pour traiter des conditions simples des patients avec des médicaments en vente libre. La Loi 41 vient, pour l'activité de prescrire un médicament pour une condition mineure ou lorsqu'aucun diagnostic n'est requis, rehausser l'arsenal thérapeutique à la disposition des pharmaciens et auquel ils ne pouvaient avoir accès auparavant.

Pour les activités telles que l'ajustement et la prolongation d'une ordonnance médicale par le pharmacien ou la substitution d'un médicament lors d'une rupture d'approvisionnement complète au Québec, cela vient mettre à contribution les compétences des pharmaciens à gérer des problèmes liés aux médicaments, dans un contexte de surveillance et de collaboration interprofessionnelle.

Ces nouvelles activités impliquent de nouvelles responsabilités; cela relève le niveau d'intervention du pharmacien. Le guide, quant à lui, va soutenir le pharmacien dans l'application de ces nouvelles activités.

Ces nouvelles activités nécessiteront de la part des pharmaciens prudence, rigueur, compétence, responsabilité et engagement.

Avec les balises existantes, médecins et pharmaciens pourront agir pleinement pour améliorer la santé des patients. La collaboration fait du bien à tout le monde et surtout, à ceux qui justifient notre raison d'être : les patients.



[1]CMA-CPhA Joint Statement, Septembre 1996 http://napra.ca/Content_Files/Files/Careplan-Joint-Statement.pdf (traduction libre)

 

[3]Canadian Medical Association Journal March 23, 2010 www.cmaj.ca/content/182/5/447.full?sid=84aad848-605a-451a-9bb6-22aa9e031bd4

 


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