L'auto-traitement en voyage

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Par Dr. Dominique Trempe

Malgré les meilleurs efforts des professionnels en santé-voyage, certains aventuriers seront malades au cours de leur voyage.  L'obtention des soins médicaux fiables et à jour durant le voyage peut s'avérer problématique, et ce, pour de nombreuses destinations. En ce sens, la prescription de certains médicaments, avant le jour du départ, peut permettre au voyageur de s'auto-diagnostiquer une fois rendu à destination et ainsi de traiter des problèmes de santé courants. Pour certaines activités effectuées dans des régions éloignées telles que la randonnée (trekking), la seule alternative à l'auto-traitement serait « pas de traitement ».  La consultation médicale pré-voyage peut donc effectivement permettre un traitement plus fiable que celui qui aurait été obtenu dans certains pays en développement qui attirent les voyageurs. Depuis la prise de conscience croissante que des médicaments de qualité inférieure et contrefaits se retrouvent sur les étagères des pharmacies des pays en développement (représentant jusqu'à 50% des médicaments en vente), on insiste sur l'importance pour les voyageurs d'apporter avec eux des médicaments de qualité qui sont fabriqués par un fournisseur fiable et prescrits par leur médecin.

L'information relative au voyage et la prescription de médicaments sont partie intégrante de la consultation pré-voyage. L'aspect clé de cette stratégie consiste à identifier les conditions pour lesquelles le voyageur peut s'avérer à risque, compte tenu de son itinéraire de voyage, et de le renseigner sur le diagnostic et le traitement de ces conditions particulières.  Pour que les stratégies d'auto-traitement soient efficaces, il faut fournir une définition simple de la maladie ou de la condition qu'elle engendre, un choix de traitement et informer le voyageur du résultat attendu du traitement.  En considérant ici l'exemple de la diarrhée du voyageur, un médecin pourrait intervenir en fournissant les conseils suivants au voyageur qui s'apprête à partir :

  • La diarrhée du voyageur est l'apparition soudaine de selles liquides et fréquentes;
  • Le traitement est la ciprofloxacine 1000 mg dès l'apparition des symptômes. En cas de persistance, poursuivre avec 500 mg aux 12 heures pour 2 jours;
  • Le traitement devrait permettre au voyageur se sentir mieux dans un délai de 6 à 24 heures;
  • Si les symptômes persistent au-delà de 24 à 48 heures d'auto-traitement, il peut être nécessaire de consulter un médecin.

Afin de minimiser les effets négatifs potentiels d'une stratégie d'automédication, les recommandations doivent respecter les points suivants :

  • Les médicaments recommandés doivent être sûrs, bien tolérés et efficaces pour une utilisation en auto-traitement;
  • La toxicité ou la possibilité du médicament de causer des effets secondaires négatifs s'ils sont mal utilisés ou en cas de surdose, devrait être minime;
  • Des instructions simples et claires sont essentielles pour permettre d'augmenter l'efficacité de la stratégie. Envisager alors de fournir des documents décrivant comment utiliser les médicaments.

Voici quelques-unes des situations les plus fréquentes pour lesquelles les voyageurs pourraient bénéficier de l'auto-traitement. Il est à noter que l'ampleur des recommandations d'auto-traitement offertes au voyageur doit tenir compte de l'éloignement et des difficultés de déplacement, ainsi que la disponibilité de soins médicaux fiables à destination.

La diarrhée des voyageurs est peut-être l'indication la plus fréquente pour l'auto-traitement. Le succès de cette stratégie repose sur la preuve épidémiologique que les bactéries représentent   plus de 90% de la diarrhée des voyageurs pour les courts séjours. La résistance aux antibiotiques pour certains organismes dans des destinations spécifiques a rendu le choix empirique du traitement légèrement plus problématique au cours des dernières années. Le premier choix pour les voyageurs séjournant en Asie est l'azithromycine 250 mg, 2 comprimés par jour pendant 3 jours. Ailleurs, la ciprofloxacine demeure un bon choix.

Le mal de l'altitude ou mal aigu des montagnes représente un risque pour les voyageurs qui montent rapidement à des altitudes de plus de 2 440 m.  Certaines destinations courantes telles que Cuzco, le Pérou ou Lhassa (Tibet) impliquent de voler à des altitudes de 3 400m ou 3 660m respectivement. Les symptômes de maux de tête, d'anorexie, de nausées, de fatigue, de lassitude et de troubles du sommeil peuvent en grande partie être évités ou traités avec l'acétazolamide 250 mg à raison de ½ à 1comprimé 2 fois par jour, et ce, pour une durée d'environ 3-5 jours.

Le décalage horaire affecte presque tous les voyageurs qui traversent 3 fuseaux horaires ou plus. Il n'y a pas de consensus sur le traitement pharmacologique optimal ou la prévention des symptômes du décalage horaire. Cependant, la prise de somnifères une fois arrivé à destination peut aider à régulariser le sommeil (ex : Zopiclone 5 mg).

Le mal des transports peut être un obstacle majeur au plaisir pour toute personne sensible sur un bateau ou une route sinueuse. La prémédication peut aider à éliminer ou diminuer ce syndrome incommodant (ex : Gravol, Transderm).

L'automédication des infections respiratoires suspectées avec une antibiothérapie empirique demeure controversée.  Presque toutes les infections des voies respiratoires supérieures sont initialement provoquées par des virus.  Cependant, ces infections virales, sous le stress du voyage, peuvent conduire à une sinusite bactérienne, à une bronchite ou à une pneumonie.  Les infections respiratoires qui durent plus d'une semaine sans signes d'amélioration peuvent nécessiter la prise d'antibiotiques (ex : Azithromycine).  Les infections respiratoires qui perdurent peuvent avoir un effet plus négatif sur un voyage que la diarrhée des voyageurs.

Les infections bactériennes de la peau ne sont pas fréquentes chez les voyageurs, mais, lorsqu'elles surviennent, peuvent être particulièrement incommodantes.  Les abcès bactériens ou les cellulites peuvent s'aggraver rapidement et être très douloureux.  Si le voyageur est dans  une région éloignée ou même à plus d'une journée de voyagement d'un centre médical, l'utilisation d'un traitement antibiotique empirique peut alors être bénéfique (ex : Cefadroxil 500 mg   2 fois par jour pour 7-10 jours).  Si l'infection est secondaire à une exposition à l'eau de la mer, il faut alors veiller à couvrir à la fois les bactéries gram ? et gram +.

Comme les infections urinaires sont fréquentes chez beaucoup de femmes, il peut être utile dans de nombreuses circonstances d'apporter un antibiotique pour le traitement empirique de cette condition (ex : Ciprofloxacine).

Les infections vaginales chez les femmes peuvent être un problème ennuyeux et débilitant.  Pour les femmes sujettes à ces infections, pour toutes les femmes sexuellement actives et pour celles qui peuvent recevoir des antibiotiques pour d'autres raisons, y compris la doxycycline pour la malaria, un traitement  antifongique peut être prescrit (ex : Fluconazole 150 mg 1 dose).

L'exposition professionnelle au VIH est un risque particulier pour ceux qui participent à des activités connexes à la médecine.  Des milliers de ces personnes travaillent dans les régions d'Afrique subsaharienne où la prévalence du VIH peut être supérieure à 15%-20%. Dans ces circonstances, une  exposition à un liquide biologique potentiellement contaminé  devrait inciter le voyageur à consulter dans les plus brefs délais pour une utilisation possible de médicaments antirétroviraux en post exposition.

L'auto-traitement de la malaria est souvent considéré comme un traitement d'urgence.  Cette stratégie demande au voyageur d'utiliser une dose thérapeutique d'un médicament antipaludique prescrit lorsqu'il y a présence d'une forte fièvre accompagnée ou non de  symptômes systémiques et d'obtenir dans les plus brefs délais des soins médicaux.  L'objectif est de prévenir la mort ou la malaria sévère.  Puisque la plupart des voyageurs à risque de paludisme devraient être avisés d'utiliser des médicaments en prophylaxie, cette stratégie est généralement déconseillée et réservée à un type spécifique de voyageur dans certaines circonstances  définies (auto-traitement de choix : Malarone 4 comprimés par jour pour 3 jours).

Dr. Dominique Trempe

Directeur médical

Clinique Santé-Voyage de Montréal

www.santevoyagemontreal.ca

 

Source : Centers for Disease Control and Prevention


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