L'univers santé de Meaghan Benfeito, athlète olympique

Fadwa Lapierre

Tokyo 2021 est un moment charnière pour les athlètes, particulièrement avec le contexte de la pandémie où l’entraînement et les compétitions ont été chamboulés. La plongeuse Meaghan Benfeito vit sa dernière participation aux Jeux olympiques. Après trois médailles de bronze à Londres et à Rio, elle est bien entourée pour donner son maximum.



Tokyo 2021 est un moment charnière pour les athlètes, particulièrement avec le contexte de la pandémie où l'entraînement et les compétitions ont été chamboulés. La plongeuse Meaghan Benfeito vit sa dernière participation aux Jeux olympiques. Après trois médailles de bronze à Londres et à Rio, elle est bien entourée pour donner son maximum.

Que représente la santé pour toi?

En plongeon, on se lance en bas de 10 mètres, la santé passe partout à travers notre corps, physiquement et mentalement. Il faut savoir communiquer comment on se sent.

J'apprends à m'occuper de mes blessures, ça fait partie de la vie de prendre soin de mes petits bobos, ça fait 25 ans que je plonge. Je dois être à l'écoute de mon corps pour m'assurer de pouvoir replonger le lendemain matin.

J'apprends à m'occuper de mes blessures, ça fait partie de la vie de prendre soin de mes petits bobos, ça fait 25 ans que je plonge. Je dois être à l'écoute de mon corps pour m'assurer de pouvoir replonger le lendemain matin.

Repousses-tu les limites de ton corps?

Plus jeune, je connaissais moins mes limites. Il faut savoir quand pousser ou quand reculer un peu. Un plongeon de plus peut devenir le plongeon qui t'oblige à prendre une pause. En 2010, j'étais déjà blessée à l'épaule, j'ai voulu en faire trop et j'ai dû me retirer des Jeux du Commonwealth. J'ai appris depuis.

J'essaie toujours de me donner au maximum en pratique pour apprendre à gérer la douleur et savoir quoi faire si ça arrive en compétition. Le stress a aussi une influence. Même si j'ai mal à l'épaule, au genou, ou au triceps, je pratique chaque plongeon comme si j'étais aux Jeux olympiques. On n'a pas le choix pour se préparer adéquatement, à moins que ça aggrave une blessure existante. Je ne veux pas mettre ma carrière en danger, je respecte ma limite.

Ton équipe santé occupe quelle place dans ta carrière?

Il y a beaucoup de gens autour de nous. On est choyé d'avoir une équipe incroyable selon nos besoins. Tout comme l'équipe de coaching, ces gens ont une influence sur ma carrière. On se voit à la piscine, ils écoutent mes craintes, me donnent leur rétroaction, leurs conseils, ils sont toujours là pour moi!

Dre Josée Rainville

médecin à l'Institut national du sport de Québec, médecin au service d'urgence du CHUM et responsable de à la clinique de médecine du sport de l'Université de Montréal.

Quel est votre parcours?

J'ai d'abord été physiothérapeute, le sport a toujours fait partie de ma vie. Je travaille aux urgences du CHUM et en médecine sportive avec Plongeon Canada et Natation Artistique Canada. À l'urgence, les patients sont très malades, ici les athlètes sont très en santé, c'est un beau défi de travailler avec ces extrêmes.

Quel est votre rôle?

Le même rôle qu'un médecin de famille, s'assurer de la santé physique et mentale des athlètes. Il y a leur examen annuel et au cours de l'année, on suit les blessures problématiques pour poser les diagnostics. Les athlètes ont une prise en charge complète, il y a beaucoup de ressources et de soutien pour eux.

L'interdisciplinarité est bien présente?

C'est le même modèle que le milieu hospitalier. La médecine du sport s'est inspirée de ce qu'on fait en neurologie ou en cardiologie. Le patient ou l'athlète est au cœur de la situation. On travaille toujours en collaboration avec les autres professionnels comme le préparateur physique, le physiothérapeute, le psychologue... Le rapport est facilité, tout le monde est sur place. Tous les intervenants sont au courant quand un athlète a un problème et se consultent.

Quelle place prend la santé mentale?

C'est le morceau principal, l'ordinateur de la personne. Si elle ne va pas bien, c'est sûr que le reste ne va pas bien. Les maux physiques deviennent plus fréquents, les blessures mineures vont prendre beaucoup plus de temps à récupérer. L'estime de soi est le nerf de la guerre.

À la suite d'une blessure, vous êtes responsable de décider quand l'athlète pourra reprendre sa routine?

Oui on est imputable, c'est notre responsabilité professionnelle. On donne nos recommandations, ce n'est jamais arrivé qu'un athlète ou un entraîneur ne les suive pas. Demander un autre avis est toutefois possible. Il faut être capable de mettre les limites, être sûr de nous, même si une médaille est impliquée. On expose les faits et les risques pour donner un portrait objectif de la situation. Lors d'un diagnostic négatif, on l'annonce de façon progressive pour que l'athlète encaisse le choc et réalise par lui-même.

Jean-Sébastien Rondeau

Thérapeute du sport et ostéopathe à l'Institut national du sport de Québec

À quoi ressemble le quotidien d'entraînement?

C'est souvent de la thérapie pure et dure, on a la chance d'être toujours avec les athlètes pour analyser les détails. Je les fais bouger, je les regarde, je les filme. Si je détecte des éléments dysfonctionnels, je construis des plans avec des exercices correctifs. On intervient aussi au niveau de la prévention. J'utilise toutes mes connaissances pour bâtir une thérapie évolutive.

Comment gère-t-on les blessures?

La majorité des athlètes ont des blessures chroniques, tu ne peux pas t'entraîner 30 heures par semaine et être bien, ça fait mal. C'est un équilibre pour trouver des stratégies d'intervention et d'entraînement, afin de maximiser le potentiel de l'athlète en collaboration avec le préparateur physique et l'équipe médicale. On communique beaucoup et on peut donc réagir rapidement. Il faut être habile et à l'aise pour travailler dans cette zone grise, car ça vient avec son lot de pression anormale. Concernant les blessures plus importantes, on est guidé par notre éthique professionnelle. Il faut savoir dire non, même lorsque l'athlète veut pousser plus pour éviter des séquelles permanentes.

On travaille avec les équipes du début jusqu'à la fin, entre la table et le retour au sport : prise en charge de la blessure, évaluation, réadaptation… Je fais d'ailleurs un rapport annuel concernant les blessures, les statistiques, les journées d'entraînement perdues, etc. Elles sont différentes du plongeon du 10 mètres (poignet, coude, épaule, cervical...) du 3 mètres (pied, cheville, hanche, bas du dos...). C'est utile pour orienter nos préventions et nos actions.

Vous accompagnez l'équipe aux Jeux olympiques?

Oui, je suis habituellement présent près de la piscine pour évaluer, intervenir au besoin par des manipulations (ex : tension anormale, désactiver un peu le muscle), mais surtout rassurer l'athlète que tout va tenir le coup, qu'il est capable, souvent c'est amplement suffisant. On est toujours là, autant dans les succès que dans les moments plus difficiles, on les accompagne.

Jennifer Maisonneuve

massothérapeute à l'Institut national du sport de Québec

La massothérapie du sport est-elle reconnue?

Cela évolue. En plongeon, la massothérapie est bien ancrée pour aider l'athlète à garder son plein potentiel; même chose pour le sport professionnel comme le baseball ou le hockey. Pour d'autres disciplines, ça demeure méconnu, on la confond avec de la détente. Certains athlètes sont hésitants à essayer, le toucher, c'est personnel et intime. Ils attendent d'être cassés avant de venir nous voir, ensuite la magie opère.

À quoi sert la massothérapie dans le sport de haut niveau?

On aide au relâchement musculaire, à créer de l'espace, de la souplesse, pour que les mouvements deviennent plus fluides et plus faciles à exécuter. J'adapte mon massage aux blessures en travaillant en étroite collaboration avec le médecin et le thérapeute sportif. Je leur fais aussi part des bobos que je remarque. C'est un amalgame efficace.

Ça fait plus de cinq ans que je travaille avec Meaghan. Une fois par semaine, je fais un massage de récupération de 90 minutes après sa musculation. En camp d'entraînement, on peut faire un massage plus stimulant, avant d'aller dans l'eau. Quand on est dans une période sans compétition, ce sont des techniques plus profondes. Il y a plusieurs façons de procéder, on s'ajuste avec le plan de la semaine.

Vous avez une relation particulière avec les athlètes?

Plusieurs athlètes me font la blague qu'ils vont payer un extra pour la psychothérapie. L'entraînement est très exigeant lorsqu'on arrive en massothérapie, on se laisse aller. La première chose qu'on a reçue à notre naissance est le toucher, c'est très personnel. Le massage est souvent l'occasion pour l'athlète d'évacuer ce qu'il ressent, de revenir sur certaines situations quotidiennes. C'est un lien précieux.


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